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DIAL 2369

COLOMBIE - L’avenir incertain des enfants combattants de guerre

Yadira Ferrer

samedi 1er avril 2000, mis en ligne par Dial

Article de Yadira Ferrer, en provenance de IPS, février 2000 (voir aussi les autres dossiers sur les enfants : DIAL D 2365, 2366, 2367, 2368 et 2370).


Santafé de Bogota. « Carlos » n’a pas passé son anniversaire, le 3 janvier, avec ses sœurs et sa mère à El Castillo, au sud-est de la Colombie ; il l’a fêté à la capitale, avec ses nouveaux amis du programme de protection pour les mineurs désengagés des groupes armés de l’opposition. « J’ai eu seize ans et on m’a offert un gâteau (d’anniversaire), ce jour-là j’étais heureux mais ma mère et mes sœurs me manquaient » dit « Carlos », identifié seulement par ce prénom pour des raisons de sécurité. Carlos a vécu à El Castillo, dans le département de Meta, avec sa mère et ses sœurs jusqu’au 18 mai 1999, lorsqu’il a été embrigadé par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la plus grande et ancienne guérilla du pays.

Il a été emmené avec 17 autres jeunes à un campement où il y avait des motos, des camionnettes et des guérilleros. « Pendant toute la journée, je recevais un entraînement pour apprendre à tirer et à me camoufler pendant les attaques, et des cours de communisme. Après cela, nous sommes allés à la guerre », affirme-t-il. Le dernier combat dont il se souvient est celui de Puerto Lleras, dans le Meta, dont il est sorti vivant parce que, lorsque les bombardements de l’armée (régulière) ont commencé, il s’est caché parmi la végétation. Les guérilleros de son groupe ont quitté le lieu, alors que lui s’est rendu « avec même le fusil » aux soldats qui restaient dans la région et qui l’ont conduit au programme de réinsertion. Plus de 5 000 mineurs demeurent dans les rangs de la guérilla et des groupes paramilitaires de droite, malgré les appels répétés des organismes humanitaires à cesser cette pratique. L’Institut colombien pour le bien-être familial estime à environ 2 000 les garçons et les filles embrigadés dans la guérilla, et à quelque 3 000 dans les groupes paramilitaires.

De son côté, l’Armée a recruté dans ses rangs des enfants âgés de moins de 18 ans jusqu’en juillet 1999, date à laquelle près de 4 000 jeunes en fin d’études secondaires, faisaient leur service militaire obligatoire.

Une enquête du Bureau du défenseur du peuple, réalisée entre 1996 et 1998 sur un échantillon de 180 garçons et filles impliqués dans le conflit armé, indique qu’ils sont employés comme espions, messagers, boucliers humains ou combattants.

La guérilla les appelle « petites abeilles » ; les paramilitaires, « clochettes » ; les miliciens (guérillas urbaines des jeunes), « petits chariots » ; et l’armée, qui les utilisait aussi à l’époque de l’enquête, appelait « enfants d’acier » les adolescents et « poussins d’acier » les enfants (garçons et filles).

Un cas de « filles d’acier » s’est présenté à l’occasion d’une action de l’Armée de libération nationale (ELN), deuxième force de guérilla du pays, qui a retenu pendant plusieurs semaines neuf filles de moins de dix-huit ans qui appuyaient les actions communautaires de l’armée (régulière) dans le département nord-occidental d’An-tioquia. Les jeunes filles, qui portaient un uniforme militaire de camouflage pour leur travail - fait qualifié comme infraction au Droit international humanitaire -, ont été accusées par l’ELN d’effectuer des tâches de renseignements en faveur de l’armée.

Selon le rapport du Bureau du défenseur du peuple, 18 % des mineurs interviewés ont reconnu avoir tué au moins une fois, 60 % d’entre eux ont vu tuer, 40 % ont tiré contre quelqu’un, 13 % ont commis des séquestrations, et 28 % ont été blessés. Selon l’enquête, 33,3 % des enfants combattants dans les rangs de la guérilla se sont engagés parce qu’ils étaient attirés par les armes et les uniformes, un pourcentage égal l’a fait à cause de la pauvreté, et 16 % parce qu’ils ont grandi en rencontrant fréquemment des guérilleros et en écoutant leurs propositions.

Selon le défenseur du peuple, José Castro, la participation des garçons et des filles dans la guerre est « contraire aux plus hautes valeurs éthiques qui soutiennent le développement contemporain de l’humanité. » L’impact physique et émotionnel de la guerre sur les enfants et la difficulté pour les réinsérer dans la société, ont amené le Bureau du défenseur du peuple à solliciter les groupes armés et du gouvernement un accord humanitaire qui prohibe le recrutement des enfants de moins de 18 ans.

Un appel similaire a été formulé par le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et le conflit armé, Olara Otunnu, qui a visité la Colombie en juin. À l’occasion, Otunnu s’est entretenu avec le président Andrés Pastrana, avec des représentants des organisations non gouvernementales et avec des membres des FARC, à qui il a demandé d’inclure la protection des enfants victimes de la guerre parmi les sujets traités dans les négociations de paix.

De même, un document du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) indique que la première façon dont les enfants sont victimes de la guerre est leur participation comme combattants.

Ces mineurs engagés dans la guerre ont une charge de violence 40 fois supérieure à celle d’un adulte, signale le psychologue Roberto Pulido, de l’Université privée Javeriana. L’expert considère que 80 % de ces enfants manifestent la volonté de commencer une nouvelle vie, mais lorsque les conditions ne leur sont pas favorables, ils ont tendance à reprendre les armes.

 


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2369.
- Traduction Dial.
- Source (espagnol) : IPS, février 2000
 
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