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DIAL 2377

BRÉSIL - Un innocent acquitté, un assassin en fuite

lundi 1er mai 2000, mis en ligne par Dial

La justice brésilienne vient de réparer une grave erreur puisque José Rainha, un des dirigeants du Mouvement des sans-terre, condamné à 26 ans de prison pour avoir commis un meurtre dans un lieu dont il était absent, a été acquitté. En revanche, Barrerito, l’assassin d’Expedito Ribeiro de Souza, président du Syndicat des travailleurs ruraux de Rio Maria (cf. DIAL D 1953, 2015, 2088) a pu s’enfuir de la prison de Marabá. Ce n’est pas la première fois que les assassins s’enfuient avec la complicité du gouvernement de l’État du Pará. Textes d’IPS du 5 avril et du Comité de Rio Maria du 20 mars.


Le dirigeant des sans-terre accusé d’assassinat est acquitté

La justice du Brésil a acquitté José Rainha Junior, un des dirigeants du Mouvement des sans-terre (MST) qui lutte pour la réforme agraire au Brésil, et qui avait été accusé de double assassinat.

À Vitoria, capitale de l’État d’Espíritu Santo, dans le centre-est du pays, l’innocence de Rainha a été reconnue le troisième jour du procès, car la défense a prouvé qu’il se trouvait loin du lieu du crime le jour où celui-ci a été commis, le 5 juin 1989.

Les quatre témoins de la défense ont confirmé que Rainha Junior se trouvait à Ceará, un État du nord-est du Brésil. De plus, le témoin principal de l’accusation s’est contredit plusieurs fois, ce qui a profité à la défense.

La décision n’a cependant pas été prise à l’unanimité. Quatre membres du jury ont voté pour l’acquittement contre trois qui se sont prononcés pour la condamnation du dirigeant paysan.

Dans un premier procès en 1997, Rainha avait été condamné à 26 ans et six mois de prison. Mais la législation brésilienne prévoit le droit à un nouveau procès pour les condamnés à des peines supérieures à 20 ans.

En outre, le premier procès a eu lieu à Pedro Canario, municipio de l’État d’Espíritu Santo, où les meurtres du policier Sergio Narciso Da Silva et du propriétaire terrien José Machado se sont produits au milieu d’un conflit avec des activistes locaux du MST.

Outre le climat hostile au MST à Pedro Canario, on a constaté que plusieurs membres du jury étaient prédisposés à condamner Rainha, et que quelques-uns étaient même en relation avec le groupe de propriétaires terriens. La justice a reconnu l’hostilité manifeste envers l’accusé et a transféré le nouveau procès à la capitale de l’État, considérée comme un endroit plus neutre.

Cependant, Vitoria a vécu un climat tendu depuis lundi, à cause de la présence de quelque 3 000 personnes, militants du MST et politiques de gauche, qui appuient le mouvement.

Par ailleurs, des proches des deux assassinés se sont aussi rassemblés ainsi que d’autres personnes hostiles au mouvement paysan, réclamant un châtiment pour Rainha, considéré d’avance comme coupable.

Des leaders du MST ont menacé de radicaliser la lutte pour la réforme agraire au cas où une décision de condamnation serait prise. Le président honoraire du Parti des travailleurs, Luis Inácio Lula da Silva, et des parlementaires ont été présents pour manifester leur solidarité envers Rainha et pour demander son acquittement.

La défense de Rainha était à la charge de trois avocats, dont Evandro Lins y Silva, 88 ans, personnage légendaire de la justice brésilienne, considéré comme le plus grand criminologue du pays.

Dans sa plaidoirie, en plus des preuves techniques avancées en faveur de l’acquittement, il a parlé de la réforme agraire, de la justice sociale et de la globalisation. Son intervention a attiré beaucoup d’étudiants et d’avocats.

Le ministre des affaires agraires, Raul Jungman, a dit à Brasilia que « justice a été faite » et il s’est félicité de la normalité avec laquelle le procès s’est déroulé, dans un pays qui « n’est plus dominé par les latifundia. »

Mais la violence, provoquée par les disputes pour la terre, fait encore l’objet d’autres procès comme celui des deux policiers responsables du massacre d’Eldorado de Carajás, au Nord du Brésil, où 19 paysans ont été assassinés en 1996. [1]

En commentant son acquittement, Rainha a rappelé le crime d’Eldorado de Carajás, et il a signalé que la justice pour les sans-terre ne sera complète qu’avec la condamnation des coupables des massacres perpétrés à la campagne et avec « la réalisation effective de la réforme agraire, l’éducation pour tous, la citoyenneté et la dignité. »

Le MST, fondé en 1985, a mis la réforme agraire parmi les priorités du pays, avec son pouvoir de mobilisation intense. Ses membres participent à de nombreuses occupations de terrains considérés comme improductifs, ainsi que d’édifices gouvernementaux liés aux questions agraires, de façon à faire pression sur le gouvernement pour accélérer et élargir les installations de paysans sur les terres. De plus, l’organisation fait de fréquentes marches de protestation sur les routes du pays, des manifestations urbaines et des assemblées. Elle organise des dizaines de milliers de familles paysannes, dans des camps installés dans les terrains occupés, ou sur les routes, en attente d’un lieu d’établissement dans la campagne

Rainha, 39 ans, s’est distingué dans le leadership du mouvement dans la région Pontal de Paranapanema, à l’intérieur de l’État de São Paulo, après les conflits sanglants en Espíritu Santo.

Dans les années 90, il a dirigé de nombreuses invasions de grandes propriétés rurales, devenant ainsi un des dirigeants les plus connus du MST, échappant à plusieurs mandats d’arrêt. Sa femme, Diolinda Alves, est devenue aussi un symbole des luttes paysannes et féminines ; arrêtée à deux occasions et séparée de ses enfants, elle affirme toujours sa volonté de lutter.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2377.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : IPS et Comité de Rio Maria, mars-avril 2000.
 
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[1Cf DIAL D 2072, 2165 et 2316 (NdT).

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