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DIAL 2388

BRÉSIL - Discours du jeune indien Jerry Adriani de Jesus lors de la messe pour les « 500 ans » : « On veut nous imposer à tout prix le mensonge de la ‘découverte’. » Les évêques brésiliens demandent pardon.

Jerry Adriani Santos de Jesus

vendredi 16 juin 2000, mis en ligne par Dial

Jerry Adriani Santos de Jesus est ce jeune Indien de 24 ans, du peuple Pataxó, qui a fait irruption le 26 avril 2000 à Coroa Vermelha avec une quarantaine d’autres Indiens lors de la célébration de la messe en l’honneur des 500 ans d’évangélisation du Brésil. On lira ci-dessous les paroles qu’il prononça à cette occasion. Nous faisons suivre cette intervention de la demande de pardon formulée quelques jours plus tard par les évêques brésiliens.


Aujourd’hui pourrait être un jour de joie pour nous tous. Vous êtes dans notre maison. Vous êtes dans ce qui est le cœur de notre peuple, la terre, que vous foulez tous. Ceci est notre terre.

Là où vous marchez vous devez avoir du respect, parce que cette terre nous appartient. Quand vous êtes arrivés ici, cette terre était déjà à nous. Que faites-vous avec les gens ?

Nos peuples ont beaucoup d’histoires à raconter. Nos peuples, natifs et maîtres de cette terre, qui vivent en harmonie avec la nature : Tupi, Xavante, Tapuia, Kaiapó, Pataxó et bien d’autres.

Des siècles plus tard, les recherches prouvent la théorie racontée par les anciens de génération en génération, les vrais sages, que vous n’avez pas su respecter et qu’aujourd’hui vous ne voulez pas respecter.

Depuis plus de 40 000 ans, plus de 990 peuples se sont développés, avec des cultures, des langues différentes, mais en 500 ans à peine, ces 990 peuples furent réduits à moins de 220. Il y avait plus de 6 millions d’Indiens, il en reste à peine 350 000.

Cinq cents ans de souffrance, de massacre, d’exclusion, de préjugé, d’exploitation, d’extermination de nos parents, d’acculturation, de viol de nos femmes, de dévastation de nos terres, de nos forêts, que nous avons subis avec l’invasion.

Aujourd’hui, on veut nous imposer à tout prix un mensonge, le mensonge de la « découverte ».

En enfonçant dans notre terre une croix de métal [1], en détruisant notre monument à la résistance des peuples indigènes : un symbole de notre résistance et de notre peuple.

On a empêché notre marche avec un peloton de choc, des tirs et des bombes de gaz. Avec notre sang, on a célébré une fois de plus la « découverte ».

Malgré tout, ils ne réussiront pas à briser notre résistance.

Nous sommes de plus en plus nombreux. Nous sommes déjà près de 6 000 organisations indigènes dans tout le Brésil. Cette organisation a donné comme résultat la Marche et la Conférence indigène 2000, qui a réuni plus de 150 peuples ; nous réussirons à moyen et à long terme.

La terre pour nous est sacrée. Il y a en elle la mémoire de nos ancêtres réclamant justice. C’est pourquoi nous exigeons la démarcation de nos territoires indigènes, le respect de nos cultures et de nos différences, des conditions nous assurant la nourriture, l’éducation et la santé, et le châtiment des responsables des agressions envers les peuples indigènes.

Nous sommes en deuil. Jusqu’à quand ?

N’avez-vous pas honte de cette mémoire qui est dans notre âme et dans notre cœur ? Nous allons la raconter au nom de la justice, de la terre et de la liberté.


La demande de pardon des évêques brésiliens

21 - Malgré beaucoup d’aspects positifs dans le passé, des traits négatifs, fruit des erreurs des chrétiens, ont laissé leur marque. Sans prétendre faire le procès de nos anciens, nous sentons la nécessité de demander pardon pour ce qui fut objectivement contraire à l’Évangile et a gravement blessé la dignité humaine de beaucoup de nos frères et sœurs. Aux Indiens, on a ôté les terres, la vie et même la raison de vivre. En ce qui concerne les Noirs, on a violé leur liberté et rendu difficile le maintien de leur culture et de leur mémoire et, même aujourd’hui, on ne leur a pas restitué une condition de pleine citoyenneté. Une partie du peuple se trouve aussi dans une situation d’extrême pauvreté. Les racines en plongent dans la longue histoire d’exclusion de la société brésilienne. La population pauvre, avec les Indiens et les Noirs, est créancière d’une immense dette sociale, accumulée pendant les siècles au cours desquels s’est formé notre peuple.
22 - Devant ces situations douloureuses, qui continuent de nos jours, nous demandons pardon à Dieu et à nos frères et sœurs. Ceci exige de chacun de nous qui sommes citoyens et citoyennes de cette patrie - et plus encore parce que nous sommes chrétiens - un repentir sincère et le désir de réparer le mal fait, en nous décidant à vivre dans l’esprit de l’Évangile et d’être aujourd’hui des instruments de réconciliation et de construction d’une société juste, fraternelle et solidaire.

Les évêques de l’Église catholique du Brésil,
Brésil 500 ans. Dialogue et espérance.
Lettre à la société et à nos communautés,
Brasilia, 3 mai 2000.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 2388.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : Dial, avril 2000.
 
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[1Il s’agit du monument que le gouvernement brésilien a installé pour commémorer les 500 ans de la “découverte”. Plusieurs jours avant la fête officielle, le gouvernement a détruit le monument que les peuples indigènes avaient dressé pour célébrer leurs 500 ans de résistance.

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