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LIVRE - « Caminante, chroniques andines », carnet d’un voyage en Amérique du Sud

jeudi 9 novembre 2006, mis en ligne par L’œil électrique éditions

- Texte : Katell Chantreau
- Illustrations : Jean Bossard

- 272 pages et 30 illustrations pleine page
- 20 euros
- ISBN : 978-2-9516484-6-3
- l’œil électrique éditions
- Acheter en ligne.

De Riobamba à La Paz en passant par Lima et Ayacucho, Katell Chantreau a parcouru l’Équateur, le Pérou et la Bolivie entre septembre 2000 et avril 2001. Caminante est son carnet de voyage. Dans le sillage de cette jeune femme se dessine un portrait des Andes contemporaines. Peintre engagé, dirigeant quechua, danseuse de marinera, théologien de la libération, paysans aymaras… au gré des rencontres, l’auteur nous invite dans l’intimité d’une aventure initiatique. Elle évoque une façon d’être ailleurs sans chercher à s’enivrer de parfums exotiques mais en se confrontant à la réalité quotidienne.

Ce livre peut se lire dans les deux sens : il est bilingue français-breton.

"C’est une image sonore saisie lors d’un cours sur les musiques et les sociétés latino-américaines qui m’a initiée aux Andes. Stupeur dans l’amphithéâtre. Inaudibles pour certains, fascinants pour d’autres, ces sons, leur force et leur couleur, ne m’ont pas laissée indifférente. L’histoire sociale et culturelle qu’ils portaient en eux non plus.
En septembre 2000, à l’âge de vingt-quatre ans, je m’envolai à destination de Quito (Équateur) pour un périple de sept mois. Comme tout voyageur qui se plie aux lois du hasard, j’ai vu mon entreprise faire des détours inattendus par la peinture et l’initiation religieuse, s’étoffer dans le contact avec des représentations politiques inconnues, avant de revenir aux échanges autour de la musique et de la danse. Et quand je suis revenue, je n’étais plus la même. J’avais envie de raconter les émotions, les personnes qui m’avaient accueillie, les luttes que j’avais entrevues, soutenues et parfois ralliées."

Katell Chantreau, extrait de la préface de Caminante.


L’ouvrage en détails

Ce carnet de voyage est composé de quatre parties reprenant la chronologie des déplacements de l’auteure : Équateur, Pérou, Bolivie, Lima.

Chaque partie s’ouvre sur une double page présentant une carte dessinée du pays ou de la ville. La carte apporte des indications géographiques et reprend des éléments évoqués dans le récit.
Le récit est découpé par date. À chaque jour correspond un lieu et un titre.

Il est accompagné d’une préface expliquant la démarche de l’auteure (pourquoi ce voyage ? pourquoi ce livre ? pourquoi le bilinguisme ?) et d’une postface revenant, 4 ans après, sur les pays traversés et les personnes rencontrées.


Le mot de l’auteure

C’est une image sonore saisie lors d’un cours sur les musiques et les sociétés latino-américaines qui m’a initiée aux Andes. Stupeur dans l’amphithéâtre. Les zampoñas, les tarkas et les voix suraiguës des femmes quechuas suggéraient des harmonies totalement étrangères à nos oreilles. Inaudibles pour certains, fascinants pour d’autres, ces sons, leur force et leur couleur, ne m’ont pas laissée indifférente. L’histoire sociale et culturelle qu’ils portaient en eux non plus.

En septembre 2000, à l’âge de vingt-quatre ans, je m’envolai à destination de Quito (Équateur) pour un périple de sept mois. Comme tout voyageur qui se plie aux lois du hasard, j’ai vu mon entreprise faire des détours inattendus par la peinture et l’initiation religieuse, s’étoffer dans le contact avec des représentations politiques inconnues, avant de revenir aux échanges autour de la musique et de la danse.

Et quand je suis revenue, je n’étais plus la même. J’avais envie de raconter les émotions, les personnes qui m’avaient accueillie, les luttes que j’avais entrevues, soutenues et parfois ralliées. Besoin de partager. Un mot qui avait pris tout son sens, pour moi, dans la cordillère des Andes. Après avoir relaté mille et une anecdotes aux parents et amis, j’ai voulu tenter un récit écrit. Les messages envoyés au cours de mes pérégrinations, les notes prises ici et là et les lectures ont nourri ces chroniques bilingues dont une première version a fait l’objet d’un mémoire de maîtrise de Breton.


L’illustration

Le livre contient 30 illustrations pleine page réalisées à partir d’une lecture minutieuse des textes et d’une recherche iconographique approfondie.

« Deux langues, deux visions du monde »

En écho à cet adage, les illustrations sont différentes du côté français et du côté breton. Les 30 dessins sont en fait deux séries de 15 images.
L’une reflète un regard « externe », dans une perspective documentaire. La voyageuse est spectatrice et contemple le monde andin.

L’autre reflète une regard « interne », marqué par l’introspection. L’auteure est intégrée au monde andin et mise en scène à travers ses déplacements et ses émotions.

Ce parti pris graphique est aussi une façon d’inviter le lecteur francophone à feuilleter la partie bretonne et vice versa.


Le choix du bilinguisme

En un sens, c’est la Bretagne qui m’a ouvert la porte des Andes. À dix-neuf ans, fraîchement débarquée du Val-de-Marne, je m’installai à Rennes et commençai à apprendre le breton. La découverte de cette langue, de son histoire et des sociabilités qu’elle crée contribua largement à ma sensibilisation aux cultures minoritaires et aux résistances à l’uniformisation culturelle. Elle suscita en moi de nouvelles interrogations sur les notions de reconnaissance, d’identité et d’universalité, et ces questions concernaient la Bretagne aussi bien que les Andes.

Je maîtrisais assez bien le breton oral lorsque je me suis lancée dans la rédaction de ces carnets ; il était temps de me confronter à l’écrit, étape supérieure dans l’appropriation d’une langue seconde. Au prix d’incessantes allées et venues entre le français et le breton, du passage par la traduction et de la fréquentation assidue des dictionnaires, ma plume a gagné en assurance et mon plaisir en intensité.

Plus de six mille langues parlées dans le monde, plus de six mille trésors que nous devons nous efforcer de préserver et d’enrichir. Le breton trouvera-t-il une place comme langue vivante dans l’avenir ? Je crois cela possible si ceux qui l’aiment lui font dire le monde. Le breton peut raconter autre chose que la Bretagne et pourquoi pas un voyage dans les Andes ?


Extraits :

13 décembre – Lima – Lima baila

En fin d’après-midi, je rejoins Zoraida à Tupay, une association qui organise des cours de musique, de danse et de quechua et dont le but est de promouvoir la culture populaire péruvienne. Je l’accompagne à un cours de marinera. Marinera... le mot résonne doucement et appelle à ma mémoire une histoire curieuse faite d’allers-retours et de mélanges. À l’origine, il y a la zamacueca, musique et danse de la séduction des Noirs de la côte nord du Pérou. Déhanchements lascifs, musique exubérante, sensualité à odeur de souffre, de quoi choquer les Blancs bien pensants qui voient dans cette danse la théâtralisation de la luxure. Dans les années 1830, un ministre péruvien voyage au Chili avec une servante noire dans ses bagages. La servante rend son tablier et monte un tripot où elle danse la zamacueca. Les Chiliens adoptent la danse. Modes et mouvements culturels aidant, celle-ci revient au Pérou rebaptisée la chilena. Suite à une guerre opposant marins chiliens et péruviens, et pour honorer la marine péruvienne, la chilena change de nom. La marinera est née et devient rapidement la danse emblématique de la côte. Zoraida et Willi m’offrent ma première marinera. Tous deux arborent un sourire radieux. Ils se croisent, s’éloignent, se rapprochent, s’effleurent sans se toucher. Le foulard tournoie avec grâce et attise l’allégresse qui se dégage du couple. Willi répète que l’âme de la marinera, la clé de la séduction, est de se croire le plus beau, la plus belle de tous. Pas évident d’entrer dans le personnage mais qu’importe, le plaisir de la musique pénétrant le corps est bien là.

28 février – Potosí – Tout l’or des Indes

Les rouge, vert, violet, gris, ocre, bleu qui parent les flancs du cerro rico (la montagne riche) jouent avec les lumières et les ombres pour offrir au promeneur une robe aux couleurs changeantes. En 1987, Potosí a été déclarée Patrimoine naturel et culturel de l’humanité par l’Unesco. Pour son architecture baroque mais également pour son destin exceptionnel, pathétique témoignage de l’histoire de la colonisation.

C’est un Indien de l’Altiplano qui révéla à un aventurier espagnol l’existence du cerro rico, une mine d’argent si fabuleuse que Charles Quint, en 1555, éleva Potosí au rang de ville impériale, seule ville d’Amérique à posséder cette distinction. La mine fut exploitée sans relâche pendant trois siècles par des Indiens asservis et des Noirs arrachés d’Afrique par le commerce du bois d’ébène. Six millions d’entre eux moururent pour former le capital qui permit l’enrichissement et le développement de l’Europe. Des historiens ont évalué à cinquante milliards de dollars de 1970 les liquidités ainsi injectées dans le vieux monde entre le XVIe et le XIXe siècle. On dit qu’on aurait pu construire deux ponts reliant l’Amérique à l’Espagne : l’un avec l’argent récolté à Potosí et l’autre avec les os des hommes qui y perdirent la vie. Quand le filon de l’argent s’épuisa, il fut remplacé par celui de l’étain. Mais au fi l des décennies, les gisements devinrent de moins en moins rentables et, il y a quelques années, l’État licencia ses derniers mineurs. Aujourd’hui, l’exploitation de la montagne est assurée par quelques coopératives. Les mineurs sont responsables de leur propre production et descendent dans la mine quand ils le veulent. Aucune sécurité n’est garantie. Un travail de forçat qui rapporte à peine quelques bolivianos par jour. Nombreux sont les anciens mineurs qui se sont reconvertis dans la culture de la coca, seule activité agricole quelque peu rentable.

7 a viz Du – Riobamba – Livañ Jezus ‘meus graet !

Livañ Jezuz am eus graet, fin… e roched hag e vragoù gwenn. Pablo en deus graet war-dro dremm Mab-Doue. Tamm-ha-tamm eo bet trec’het ar pennmoger eus chapel ar Spered Santel gant al livioù. Dek devezh stourm taer ouzh ar voger vorlivet evit reiñ korf d’hor mennozhioù. Hag an dremmoù milliget-se ken pront da wiskañ tresoù amzere. Staget em eus gant bizaj ar soner charango. Eeunoc’h eo al labour eget evit ar macho : serr e daoulagad, stouet e benn war e c’hitar bihan, e seblant ar soner bezañ oc’h hilligañ ar c’herdin. Aesoc’h eo skeudenniñ an douster eget ar feulster. Met stank eo al livadoù memes tra.

Kludet war ar chafotajoù hor boa tremenet Pablo ha me an devezhioù diwezhañ. Hon spered lakaet gant hon jestroù hag hon avanturioù liesliv, an amzer o vont hebiou goustad hep gouzout deomp. Sioulded leun a bedennoù, torret gwech ha gwech all gant divizoù pe gant sonerezh Louis Sclavis ha kanaouennoù Carlos Puebla ha Victoria Prado. Trubuilhet gwechoù all gant hor c’hofoù marnaoniet o soroc’hal dihabask war-dro peder eur goude merenn. Joa meurbet o welet ar murlivadur o vont war-raok, ar skeudennoù o tisplegañ bemnoz gant muioc’h
a splannder o nerzh hag o zalvoudegezh arouezel. Goude o labour e teu tud yaouank eus ar gumuniezh da reiñ an dorn. Lusket eo al livañ da noz gant bourdoù a strak stank a chafot da chafot. Ne vez ket ken devot hag al livañ war an deiz. Ken entanus all ne lâran ket. Elisa a zegas bignezennoù hag ur banne rom tomm : goude ar striv, an distriv. Aet eo Pablo du-hont. Ensellet eo ar freskenn gant Maria-José a ziskouez an holl cheñchamantoù a vefe d’ober : ur vrec’h da grennañ amañ, un dremm morlivet da sklêrijennañ aze, ur gartenn eus Amerika ar C’hreisteiz amzere he zrolinenn… Plijus eo koulskoude ur murlivadur gant traoù droch da renabliñ pa gaver hir an oferenn. A-benn daou zeiz e vo boulc’het an Devezh sevenadurel gant lid-digeriñ ar mural.


Éléments biographiques

Katell Chantreau

Katell Chantreau est née à Créteil en 1976. À 19 ans, elle quitte la région parisienne pour faire des études de Sciences Politiques et d’Histoire. C’est à ce moment-là qu’elle commence à apprendre le breton en cours du soir. Parallèlement à ses études, Katell se forme à l’écriture et à l’édition en participant à plusieurs publications : le Kezako du festival de cinéma de Douarnenez, Musique Bretonne (édité par l’association Dastum), et l’œil électrique, revue bimestrielle associative diffusée dans toute la France, où elle s’implique comme rédactrice, responsable de rubrique et membre du conseil d’administration.
Passionnée de voyage, Katell a traversé le nord Vietnam à vélo en 1998 et est partie à la découverte de la musique et de la danse des pays andins en 2000 et 2001. En 2004, elle est retournée en Amérique du Sud, avec son ami cette fois, pour réaliser une recherche sur le cinéma andin pour le compte du Festival de cinéma de Douarnenez, dédié aux minorités.

Depuis 1995, Katell a également acquis une solide expérience dans l’animation en travaillant dans des centres de vacances. En 2002, elle a rejoint le groupe des formateurs du BAFA en breton de l’UBAPAR et a coordonné en 2003 la réalisation de Levrig ar buhezour, un livre pour les animateurs et éducateurs bretonnants. Elle travaille aujourd’hui comme coordinatrice d’un projet de développement des loisirs en gallo et en breton.

Jean Bossard

Jean Bossard est né en 1976 à Rennes. Après des études d’Arts plastiques à l’université de Rennes, il est entré à l’ École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg où il s’est spécialisé dans l’illustration. Aujourd’hui, il est l’un des acteurs de la bande dessinée indépendante rennaise. Jean Bossard a participé à de nombreuses publications collectives et associatives, parmi lesquelles Le Journal de Judith et Marinette et Chez Jérôme Comix.


L’éditeur

Association fondée à Rennes en 1997, l’œil électrique éditions explore l’appropriation citoyenne des médias et l’éducation populaire à travers l’édition et l’action culturelle. Elle favorise les prises de paroles singulières en attachant autant d’importance à la qualité de ses productions qu’à son mode de fonctionnement. Après avoir publié pendant sept ans le magazine l’œil électrique dont le principe premier était d’inviter les lecteurs à y participer, les membres de l’association ont décidé, en 2004, de se constituer en collectif d’édition et d’action. Celui-ci accompagne des projets éditoriaux personnels ou collectifs grâce au travail de groupe et au partage des savoirs. L’association met également en place des ateliers “Antenne” grâce auxquels elle rencontre des publics peu familiers du monde de l’écrit et de l’image dans des écoles, dans des quartiers, en prison...

Livres parus :

- Le 3e œil, dehors : Paroles et créations de détenues (collectif)
- Pékin 1966 : Petites histoires de la Révolution culturelle (photographies de
Solange Brand)
- Šta Ima ? Ex-Yougoslavie, d’un État à d’autres (collectif)
- Klavdij Sluban, dix ans de photographie en prison (collectif)
- Caminante, chroniques andines / Caminante, danevelloù eus an Andoù
(texte : Katell Chantreau, illustrations : Jean Bossard)
- El Maghreb (texte et photographies de Malik Nejmi)
- Manger ! (texte : Stéphane Corcoral, illustrations : Magalie Arnal)
- Exils (texte : Sophie Rétif, illustrations : Sébastien Lumineau)
- Nationale 7 (photographies : Cédric Martigny et Patrice Normand, texte : Christophe Berthoud)

l’œil électrique éditions, 10 allée Roger Leberre, 35000 Rennes

- Tél. : 02 23 30 42 96
- contactAToeil-electrique.org
- http://www.oeil-electrique.org

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- Contact auteur : Katell Chantreau, 08 73 35 56 44, katelligATyahoo.fr
- Contact éditions : Marie Saur, 02 23 30 42 96.

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