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DIAL 2817 - Dossier : Pourquoi le panorama religieux du Brésil a-t-il tant changé ?

BRÉSIL - II. La diversité des Eglises évangéliques

Alberto Antoniazzi

vendredi 1er juillet 2005, mis en ligne par Dial

Dans ce dossier, Dial publie le document intitulé « Pourquoi le panorama religieux du Brésil a-t-il tant changé ? », rédigé par Alberto Antoniazzi et publié en encart dans le Bulletin hebdomadaire de la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), les 18 et 24 novembre 2004. La situation de l’Eglise catholique, qui connaît une baisse réelle en pourcentage de la population brésilienne faisait l’objet de l’article précédent, celle des Eglises évangéliques, dont la croissance est effective, est présentée dans celui-ci ainsi que la situation des « autres religions » et des « sans-religion ». L’auteur, après avoir fait un état précis des lieux, propose des hypothèses explicatives des changements en cours.


Nous abordons maintenant l’étude des Eglises évangéliques dans le Brésil du recensement de l’année 2000. Nous n’avons aucunement la prétention d’être exhaustifs, d’autant que ces Eglises présentent une énorme variété de doctrines, de modes d’organisation et de stratégies d’évangélisation. Les Eglises évangéliques sont généralement classées en deux groupes : les Eglises traditionnelles ou historiques et les pentecôtistes. Nous pensons que l’étude des Eglises évangéliques confirmera que l’expansion d’une religion est liée à son dynamisme, à sa capacité de mobilisation et à sa stratégie d’évangélisation.

I - Protestants traditionnels

Immigration et conversion

Parmi les protestants qui arrivèrent au Brésil, outre les anglicans (ou épiscopaliens) liés à la présence anglaise après 1810, les immigrants les plus nombreux furent des luthériens d’origine allemande. Les deux premières communautés de ce qui est aujourd’hui l’IECLB (Eglise évangélique de confession luthérienne au Brésil) furent constituées à Nova Friburgo (Rio de Janeiro) et São Leopoldo (Rio Grande do Sul), en 1824. Selon Antônio Gouveia de Mendonça : « La IECLB a été considérée comme une Eglise ethnique, Eglise des Allemands et de leurs descendants ».

Cependant, aujourd’hui la IECLB est, de toutes les Eglises traditionnelles, celle qui s’est le plus engagée dans les problèmes de la société brésilienne, principalement dans la défense des injustices, et dans l’œcuménisme.

Selon le recensement 2000, 1 062 144 brésiliens se déclarent luthériens, ce qui constitue environ 12,5% des protestants traditionnels. Mais tous n’appartiennent pas à l’IECLB. Une minorité (entre 15% et 20%) appartient à l’Eglise évangélique luthérienne au Brésil (IELB), liée au « Synode du Missouri », une communauté luthérienne établie en Amérique du Nord par les immigrants allemands en 1847 et qui, dès 1867, envoya des missionnaires au Brésil. La IELB est une Eglise peu ouverte au dialogue et à la coopération avec les autres Eglises, même évangéliques ou luthériennes.

Les luthériens sont répartis de façon très inégale dans le territoire brésilien. Ils se concentrent en quelques zones du Rio Grande do Sul et à l’est de Santa Catarina, dans l’Espírito Santo et en quelques lieux d’immigration récente (comme le Rondônia).

Protestantisme de mission

La grande majorité des protestants traditionnels appartient aux protestants « de mission ». Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des missionnaires presbytériens, baptistes et méthodistes sont arrivés des Etats-Unis. Aujourd’hui, les Eglises fondées par eux comptent un nombre significatif de fidèles (toujours selon le recensement 2000) :

Baptistes : 3 162 700 (37,31% des protestants traditionnels)

Presbytériens : 981 055 (11,57%)

Méthodistes : 340 967 (4,02%)

La distribution géographique de ces Eglises est raisonnablement équilibrée, mais moins pour les méthodistes, concentrés dans le Sud-Est, mais – à l’exception des méthodistes - elles sont fractionnées en divers groupes.

Ce qui attire l’attention c’est la croissance diversifiée de ces trois Eglises qui ont commencé leur expansion presque à la même époque. En simplifiant, nous avons aujourd’hui, pour chaque méthodiste, presque 3 presbytériens et 10 baptistes ! Ce qui montre combien la croissance dépend de chacune des Eglises, de leur message et de leur travail. Il serait intéressant de comparer les trois pour chercher à comprendre la croissance de l’une et les difficultés des autres. Une explication est suggérée par Antônio Gouveia de Mendonça : « L’Eglise méthodiste, malgré sa cohérence théologique, a moins grandi que les presbytériens en général et les baptistes. La raison en peut être sa préoccupation prioritaire de l’éducation de l’élite brésilienne ; elle la partageait avec les presbytériens et les baptistes, mais ces derniers ont aussitôt dépassé cette préoccupation en développant une action évangélisatrice plus agressive et dirigée vers les classes inférieures auxquelles était peu attentive une Eglise catholique moins engagée socialement du point de vue religieux. »

J’aimerais en outre souligner que la question du « choix » religieux est complexe. Des Eglises plus exigeantes (comme les baptistes qui interdisent beaucoup de choses à leurs fidèles...) peuvent attirer davantage que des Eglises libérales qui semblent faciliter l’adhésion ou même la promeuvent avec des avantages. Des Eglises évangéliques qui demandent beaucoup à leurs fidèles réussissent à attirer des catholiques à qui nous demandons peu. L’hypothèse des observateurs les plus attentifs est que les personnes acceptent les sacrifices si elles « trouvent des compensations », si elles reçoivent en échange, par exemple, une expérience religieuse plus vive, une communauté plus solidaire et fraternelle, une expérience émotionnelle plus forte.
La seconde Eglise évangélique la plus nombreuse au Brésil, bien que ce ne soit pas une Eglise « protestante » au sens strict, c’est l’Eglise adventiste qui en 2000 comptait 1 209 835 fidèles (presque 15% des évangéliques traditionnels). Elle est présente dans beaucoup de villes du pays et elle a une intense activité missionnaire en Amazonie orientale (Pará, en particulier le long de la Transamazonienne, et Maranhão).

Il y a d’autres Eglises évangéliques de mission peu nombreuses comme l’Eglise congrégationnelle, ménnonite, anglicane et l’Armée du Salut. Une vision générale des Eglises évangéliques de mission est donnée par leur « profil ». Le profil met en relief les traits communs mais cache les différences. Malgré tout, il est intéressant de le présenter. Il est établi sur la base de la moyenne nationale de la population : de chacun des groupes religieux, on dira s’il présente des caractéristiques au-dessus ou au-dessous de la moyenne nationale.

Les évangéliques de mission, par exemple, ont un taux de résidence urbaine au-dessus de la moyenne. Ils sont moins présents en milieu rural. Les femmes y sont en plus grand nombre (environ 10% de plus que la moyenne) et les hommes en moins grand nombre (dans la même proportion). Quant à l’âge, ils comptent peu d’enfants et un nombre élevé d’adultes (31-40 ans) et de personnes âgées (61 ans ou plus). Quant à la race ou à la couleur, les Blancs prédominent à l’évidence, mais il y a une exceptionnelle pénétration dans la population indigène (50% de plus que la moyenne), ce qui indique une forte activité missionnaire. Quant à l’éducation, ils ont très peu d’analphabètes et se distinguent clairement de la moyenne dans l’éducation moyenne et supérieure, y compris les maîtrises et doctorats. Quant à l’activité économique, on compte peu d’agriculteurs (comme on pouvait s’y attendre !) et peu d’employés dans l’industrie ; leur nombre est notablement élevé (+35% au-dessus de la moyenne) dans l’administration et les services publics. Ils ont un nombre relativement faible de domestiques et employés, mais un nombre élevé (+20% au-dessus de la moyenne) d’employeurs. En cohérence, en ce qui concerne les revenus, il y a moins de gens au-dessous de 2 salaires minimums, mais environ 25% de plus que la moyenne dans la fourchette de 6-10 et 11-20 salaires minimums. Les riches (21 salaires minimums) sont un peu au-dessus de la moyenne, mais sont plus rares que les gens de classe moyenne.

Diversité et compétition

Le tableau que nous venons de présenter montre que le monde évangélique est très diversifié et qu’on ne peut en traiter de façon générale. La compétition entre les Eglises évangéliques traditionnelles paraît faible. Les protestants traditionnels ont subi un fort impact de l’expansion pentecôtiste, mais dans le dernier recensement, ils ont montré des signes de progrès et de récupération des positions perdues. En effet, les protestants traditionnels qui avaient atteint 3,4% du total de la population brésilienne en 1980, ont reculé à 3% en 1991, mais en 2000 ils ont atteint 5% (approximativement la moitié du pourcentage des pentecôtistes). Dans la décennie des années 90, les « traditionnels », non sans conflits et divisions internes, paraissent avoir adopté des pratiques « charismatiques » ou « de renouveau », proches du style pentecôtiste.

Les pentecôtistes sont notre prochain sujet de réflexion.

II - L’expansion pentecôtiste : entre « Esprit » et « entreprise »

Les Eglises chrétiennes qui se sont le plus développées dans les dernières décennies sont les pentecôtistes. Mais il y a une grande différence entre les plus anciennes expériences de l’Esprit Saint et le « marketing » des plus récentes.

Le monde pentecôtiste est encore plus riche d’expressions et plus varié que le protestantisme traditionnel. Mais en même temps que s’étend un processus de fragmentation, une tendance inverse fait se concentrer les pentecôtistes en quelques grandes Eglises, comme on peut le voir dans le tableau de la page suivante.

Comme on le voit, 85% des presque 18 millions de pentecôtistes sont rassemblés dans 5 Eglises ; les autres 15% sont dispersés en centaines d’Eglises moyennes, petites ou minuscules. Voyons les caractéristiques de quelques-unes d’entre elles.

Eglises évangéliques pentecôtistes au Brésil – 2000

EglisesNombre de fidèles% de pentecôtistes
Assemblée de Dieu 8 418 154 47,47
Congrégation chrétienne
du Brésil
2 489 079 14,04
Eglise universelle du Règne de Dieu 2 101 812 11,85
Evangile quadraganlaire 1 318 812 7,44
Dieu est amour 774 827 4,37
Autres 2 630 721 14,83
Total 17 733 477 100,00

L’Assemblée de Dieu a été fondée à Belém do Pará en 1911 par des missionnaires suédois venus des USA. Elle comprend aujourd’hui la moitié des pentecôtistes du pays. Sa présence est plus forte dans les régions du Nord et du Centre-Ouest, mais elle est importante aussi dans les régions métropolitaines. Elle s’organise généralement en petites communautés qui se subdivisent et se multiplient facilement. Elle présente (après 90 ans d’existence) quelques signes de bureaucratisation. Elle utilise ses propres publications et livres. Elle cherche à donner plus de formation à ses pasteurs. Quant aux moyens de communication sociale, elle a adopté amplement l’usage de la radio.
À la même époque que l’Assemblée de Dieu et avec la même origine dans l’expérience pentecôtiste des USA (Los Angeles et Chicago), sur l’initiative d’un immigrant italien, venu des USA, fut fondée au Paraná et à São Paulo, la Congrégation chrétienne du Brésil (CCB). C’est une création originale, assez différente de l’Assemblée de Dieu. Elle ne donne pas d’autonomie aux communautés locales, conserve une forte unité de doctrine et garde des coutumes rurales. Jusqu’ici elle est très présente dans les aires d’origine (São Paulo et Paraná), mais elle s’est étendue aussi au Mato Grosso do Sul, dans le Minas et le Goiás, jusqu’à Bahia et Rondônia, en général là où se sont établis des migrants du Paraná. La CCB n’utilise que la Bible et l’invitation personnelle, évitant d’autres moyens de communication. On a dit qu’elle appartient à la « culture orale ».

Très différente est l’Eglise « néopentecôtiste », l’Eglise universelle du Règne de Dieu (IURD), fondée par Edir Macedo à Rio de Janeiro en 1977. Bien que récente, elle occupe déjà la 3e place parmi les Eglises pentecôtistes. Elle a une organisation centralisée, de type entreprise, et dispose de beaucoup de moyens de communication sociale. Elle a acheté et administre la chaîne TV Record. C’est une Eglise plus distante du pentecôtisme classique (et du protestantisme), ayant incorporé des pratiques de la religion populaire, y compris de cultes afro (naturellement réinterprétés).

L’Eglise de l’Evangile quadrangulaire, également originaire des USA, s’est établie au Brésil en 1953, après la « Croisade nationale d’évangélisation ». Elle fut la première à mettre l’accent sur la prédication aux masses – réunies sous une tente de cirque ou dans des stades – et sur la « guérison divine ». Elle a constitué une transition entre le pentecôtisme classique et le néopentecôtisme. Elle a développé (par le contrôle des masses) une action politique importante, jusque-là peu présente dans le monde pentecôtiste. Actuellement, elle est présente dans les capitales comme Belo Horizonte et Curitiba et dans des zones de l’Etat de São Paulo, et encore – plus faiblement – dans le Minas et au sud du Paraná au Rio Grande do Sul. En somme, c’est une Eglise du Sud-Est et du Sud.

L’Eglise Dieu est Amour est un exemple typique d’une Eglise de « guérison divine ». Elle exige peu des fidèles qui sont attirés par la promesse de guérisons et miracles. Elle est présente surtout dans le Sud-Est. Elle tente aussi d’étendre son réseau de stations de radio.

Variété et traits communs

Comme on le voit, nous sommes (même sans considérer les multiples variétés récentes ni les petites Eglises) devant des modèles bien différents de pentecôtisme, ce qui signifie que la compétition avec l’Eglise catholique se fait sur différents terrains et de beaucoup de manières. Même ainsi, il est possible de tracer un profil général des pentecôtistes brésiliens qui révèle quelques traits communs.
Les Eglises pentecôtistes, dans leur ensemble, sont plus urbaines que rurales, plus féminines que masculines (environ 10% de plus que la moyenne), ont beaucoup d’enfants (jusqu’à 15 ans) mais peu d’adolescents de 15-20 ans et, de façon générale, dans tous les âges, sont un peu en dessous de la moyenne. Quant à la race ou à la couleur, elles ont plus de Noirs, métis et indigènes que la moyenne ; très peu d’Asiatiques. Le niveau d’instruction est bas. Presque pas de fidèles de formation supérieure. Quant aux activités professionnelles, il y a peu d’agriculteurs et de fonctionnaires, mais 50% de plus que la moyenne en employés de maison. Le grand nombre de domestiques (avec un ou plusieurs employeurs) est confirmé par les statistiques. Faible pourcentage d’employeurs et un salaire généralement faible, sauf exception.

Comment expliquer la croissance du pentecôtisme ?

Comment expliquer cette croissance, même s’il existe aussi des cas d’Eglises pentecôtistes en récession ou disparition ? Le sujet est évidemment immense et ne peut admettre de réponse simpliste. Le « pentecôtisme » a influencé aussi le monde catholique, en particulier le Renouveau charismatique catholique (RCC). Un fait à ne pas sous-estimer, ce sont les racines populaires (donc du catholicisme populaire) du « pentecôtisme ».

Ricardo Mariano a fait observer : « Dans sa condition de religion chrétienne, la principale continuité du « pentecôtisme » avec la religion populaire brésilienne consiste dans la croyance en Jésus, les démons, les miracles, les mythes bibliques, le péché, les guérisons et interventions surnaturelles, les sorts, les conceptions eschatologiques. En ce sens, généralement aussi se manifeste le caractère laïc du « pentecôtisme » qui permet au fidèle d’entrer en contact avec Dieu sans dépendre de la médiation ecclésiastique. Ces ressemblances et continuités entre la religiosité populaire et le « pentecôtisme », à mon avis, facilitent l’évangélisation et la socialisation des nouveaux adeptes des Eglises pentecôtistes. »

Il ajoute : « L’expansion de l’Eglise universelle est venue renforcer encore davantage l’interprétation qui reconnaît la continuité entre pentecôtisme et religiosité populaire. En effet, pour tirer un profit évangélique de la mentalité et du symbolisme religieux brésiliens, les leaders de cette Eglise réarticulent syncrétiquement les croyances, rites et pratiques des religions concurrentes. Il suffit de voir que l’Eglise universelle réalise des « sessions spirituelles de déchargement » [sessions par lesquelles les personnes sont libérées du poids de contraintes qu’elles portent, notamment de vibrations maléfiques et négatives], des « obturations du corps » [1], des « chaînes de la table blanche » [2], enlève les esprits mauvais [3], défait le « mauvais œil », asperge les fidèles d’un rameau d’arruda trempé dans un seau d’eau bénite et de sel gros, remplace les scapulaires du Seigneur de Bonfim contre des rubans avec des citations bibliques, évangélise dans les cimetières durant le Jour des morts, offre des bonbons et douceurs aux dévots des saints Côme et Damien. Il faut souligner que, dans le cas de l’Eglise universelle, l’adoption de ces expédients n’est pas irréfléchie et le syncrétisme n’est pas involontaire. Bien au contraire. C’est une stratégie évangélique délibérée, bien pensée et qui a été maintenue, intensifiée et même diversifiée en raison de son efficacité élevée. »

Le style « entreprise » et les techniques de marketing ont contribué à l’expansion des « néopentecôtistes ». En général, semble valide le principe suivant : « les Eglises qui investissent le plus dans les moyens matériels et humains pour l’implantation de nouvelles communautés tendent à croître plus que celles qui donnent priorité à un engagement sans finalités prosélytes immédiates, comme la construction d’écoles et de facultés et séminaires théologiques, comme le font les Eglises du protestantisme historique. Plus grandes seront les incitations pour que les pasteurs et leaders locaux, même laïcs, créent des points de prédication et de nouvelles communautés, plus rapide, accélérée et accentuée sera la croissance de ladite Eglise ».

Pour incomplet que soit notre bref panorama des Eglises pentecôtistes, nous croyons qu’il aide à comprendre quelque chose de leur notable accroissement.

III - Les « autres » religions

Le recensement 2000 a quantifié aussi la présence d’un certain nombre de Brésiliens qui ne se disent pas affiliés au catholicisme ni aux Eglises évangéliques. Il ne serait pas totalement exact de parler de religions « non chrétiennes ». Quelques-unes, certainement, le sont. Les autres ont des racines ou des influences chrétiennes ou se considèrent comme faisant partie de la famille chrétienne.

Les groupes les plus nombreux

Les « autres religions », selon la classification de IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistique), représentaient 2,5% de la population en 1970, 3,1% en 1980, 3,6% en 1991 mais elles ont baissé à 3,2% en 2000. Et il n’y a pas de signe qu’elles doivent beaucoup croître dans un avenir proche bien qu’elles exercent une certaine attraction, comme nous le verrons, parmi des catholiques ou des chrétiens. En 2000, elles représentaient 5,4 millions de Brésiliens (si nous incluons ceux qui n’ont pas explicité clairement leur appartenance) ou 4,7 millions (si nous considérons les groupes que nous allons décrire maintenant). Elles peuvent être regroupées de la manière suivante :

- Le groupe le plus nombreux est constitué par les spirites (kardécistes), avec 2 262 378 affiliés (1,33% de la population) ;

- Peu nombreux, d’autre part, ceux qui se déclarent liés aux autres religions mediumnites et aux cultes afro-brésiliens (Umbanda : 397 421 ; Candomblé : 118 105 ; autres cultes afros : 9 485)

- Un second groupe nombreux est constitué par les Témoins de Jéhovah (1 104 879 ou 0,65% de la population) ; IBGE rapproche de ce groupe les religions qu’il classe comme « néochrétiennes » (Mormons : 199 641, Légion de bonne volonté : 12 115) ;

- Parmi les religions orientales, nous avons 214 861 bouddhistes et 151 082 fidèles de l’Eglise messianique et de la Seicho No Iê ; les hindouistes sont seulement 2 908 ;

- Nous avons enfin 86 819 juifs ou israélites, 27 233 musulmans, 17 092 adeptes de religions indigènes et autres groupes (quelques dizaines de milliers) qui se disent « ésotériques » ou « spiritualistes ». (…)

IV - Les « sans-religion »

Autre surprise lors du recensement 2000 : l’accroissement du nombre des « sans-religion » qui deviennent – après les catholiques et les évangéliques – le troisième groupe le plus nombreux, avec presque 12,5 millions (7,4% de la population).

Cette catégorie est peu connue et peu étudiée. Mais les données du recensement révèlent quelque chose à son sujet. Il ne s’agit pas d’une élite (bien qu’il y ait des sans-religion dans les classes supérieures), mais de façon prédominante ce sont des pauvres qui vivent aux périphéries des métropoles (spécialement dans les régions métropolitaines de Rio de Janeiro et Recife, mais aussi de São Paulo et Salvador) ; et aussi dans d’autres régions. Les auteurs de l’Atlas de Filiação religiosa résument ainsi : « Bien que le nombre de personnes sans religion recouvre l’ensemble du territoire national, la répartition de leurs pourcentages présente de grands contrastes […]. Ainsi on observe un bande continue avec un pourcentage élevé le long du littoral, depuis Rio Grande do Norte jusqu’au Paraná. L’Etat de Bahia cependant présente des proportions plus élevées de « sans religion » sur presque tout son territoire ». Le phénomène atteint de grandes dimensions également dans les régions du Nord et du Centre-Ouest. Au contraire, il est très faible dans les zones de forte présence catholique comme l’intérieur du Nordeste, Minas, sud de Santa Catarina et nord de Rio Grande do Sul.

Les « sans-religion » sont majoritairement des hommes, de 16 à 30 ans, de toutes races (moins de Blancs, peu représentés) de faible instruction, et d’emplois modestes (beaucoup sans travail fixe) et de salaires également peu élevés. Peu sont mariés régulièrement, au civil et/ou au religieux, mais beaucoup vivent en « union libre ». Dans les régions métropolitaines, comme nous l’avons déjà vu, les « sans-religion » sont généralement dans les périphéries et atteignent un pourcentage très au-dessus de la moyenne générale de 7,4%. Quelques exemples : Rio, Recife, Sao Paulo. (…)

« Sans-religion » ne signifie pas nécessairement athée. D’autres recherches trouvent à peine 1 ou 2% de Brésiliens qui se déclarent athées. « Sans religion » signifie abandon des pratiques religieuses et des liens avec les Eglises. S’agit-il, très souvent, de citadins pour lesquels la lutte pour la survie est si intense qu’elle ne leur permet pas de maintenir des liens communautaires ? Serions-nous, très souvent, devant des personnes qui, outre qu’elles sont sans terre, sans maison, sans emploi, sans instruction, sont devenues aussi sans religion ? Et revient une question angoissante : ont-elles abandonné les Eglises ou les Eglises les ont-elles abandonnées ou, du moins, se sont-elles peu préoccupé d’elles ?

Ainsi s’achève notre « panorama religieux » du Brésil.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2817.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : Bulletin hebdomadaire de la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), les 18 et 24 novembre 2004.

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[1Cérémonie par laquelle le corps est fermé à la pénétration des esprits mauvais.

[2Pratique spirite reliant plusieurs personnes en une chaîne, dite blanche en raison du vêtement porté par ceux qui participent à la table.

[3L’esprit d’une personne morte peut venir se joindre à une personne vivante et lui porter préjudice.

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